Luge Canada

Regan Lauscher

LES BUTS DE LAUSCHERC'est le moment.

Ma dernière saison.

Il est temps d'être complètement honnête avec moi-même.

Tout compte fait, la vie va continuer et il faut décider quels souvenirs je veux tirer de mon expérience.

Au-delà des médailles, au-delà des vestes commémoratives, au-delà des titres, qu'est-ce qui compte au fond?

Les demandes d'entrevues s'entassent, comme c'est le cas en toute saison olympique, et ça fait partie de la routine quotidienne, se vider le cSur, prononcer ses avis et veiller à ce que la presse en dit.

Récemment, j'ai parlé avec un journaliste qui rédigeait un article sur moi et ma préparation aux Jeux. Et comme prévu, nous avons commencé au commencement et nous avons discuté de tous les moindres détails.

Il m'a posé toutes les questions possibles.

Et je lui ai répondu &.

J'ai avoué qu'initialement, je ne voulais pas tellement m'essayer à la luge. Et que je ne me souviens pas des Jeux de 1988. Et que plus d'une fois, j'ai pensé sérieusement à quitter le sport.

Dans ce voyage à bord la carrière que je me suis fait en luge luge, j'ai navigué autant de virages et de surprises que sur les pistes glacées que je descends.

Et mystérieusement, mon exemplaire des «Jeux olympiques pour les nuls» s'est perdu en transit.

Le fait de ne pas savoir ce qui arrivera au prochain virage, à la prochaine épreuve, au prochain mois, c'est à la fois ce que j'aime le plus et ce qui me frustre le plus à propos de ce sport.

Et j'aimerais pouvoir dire qu'après tout ce temps, j'ai tout compris, mais ce n'est pas le cas.


Quand je pense aux Jeux de 2002, je m'étais fixé l'objectif d'y aller, de me qualifier, de représenter mon pays.

Rétrospectivement, mes objectifs n'avaient rien à faire avec le rang final à côté de mon nom sur le grand tableau de résultats. Il s'agissait plutôt d'y voir mon nom, point final.

Mais dans le courant du quadriennal suivant, j'ai réalisé des progrès importants.

Ma médaille d'argent historique et plusieurs autres succès au podium m'ont creusé une place parmi les meilleures compétitrices. En l'espace de seulement quatre ans, mes objectifs avaient beaucoup changé quant aux Jeux de 2006 à Torino.

J'avais goûté au sang et je participais à la chasse.

Mais 10e place n'a pas satisfait à ma faim.

Telle une personne au régime qui, après avoir suivi à la lettre toutes les règles d'alimentation et d'exercice, se met sur la balance et découvre qu'elle a pris du poids, je me sentais dupée.

Même l'idée des Jeux olympiques chez nous n'a pas remédié à l'amertume qui me dominait.

Je voulais céder, abandonner.

Mais la confusion et la déception que cette déclaration provoquait chez mes proches quand je leur annonçais ma décision, ça me donnait à hésiter, à réfléchir.

J'ai fait mon retour en toute douceur; j'ai pris un congé d'une demi-saison.

Puis, moins d'un mois après être retournée en Europe avec l'équipe, je me suis blessé sérieusement la tête dans un horrible accident en bas d'une piste en Allemagne.

Contrainte par un bassin de lit et un collier, j'ai passé trois jours dans l'hôpital en attendant que l'enflure cérébrale se guérisse, me demandant quelles seraient mes options.

Si je le voulais c'était le moment de saisir ma chance.

Je pouvais quitter la luge, blâmer l'accident, et personne ne m'aurait critiquée. la possibilité d'encore un autre déception olympique disparaîtrait.

Je n'avais personne à convaincre quant à ma décision&sauf moi-même.

Je n'étais pas prête à permettre à un accident extraordinaire de m'exiler du sport. Je tenais à ce que ma dernière descente d'une piste de luge ne se termine pas sur un brancard.

En fait, la notion d'un «retour» avait un brin de grisant. Je m'imaginais une montée vers la gloire au bout de laquelle les gens s'émerveilleraient de mon courage et de mon sang-froid. J'entendais chanter l'air de «Rocky».

Heureusement que je ne fasse pas métier de clairvoyante.

C'est quoi la maxime, un malheur n'arrive jamais seul?

Au mois de février suivant, je me retrouvais à l'hôpital, pour subir deux opérations pour corriger les effets sérieux des blessures aux deux épaules. J'ai passé neuf mois immobilisée puis en programme de physiothérapie.

Il a fallu toute une année pour même considérer un retour à la compétition.

Ce qui m'amène au moment présent.

Il n'est donc pas surprenant que j'aie repensé mes buts.

Et bien que je veuille vous dire, comme le dirait tout bon athlète, que je mise sur l'or et rien moins que l'or, voici les faits.

Vu que j'ai manqué au moins la moitié des épreuves ces trois dernières saisons alors que je me rétablissais et je réapprenais à glisser, pour les Jeux 2010, l'objectif que je me donne est celui-ci :

Faire de mon tout pour retrouver ma place parmi les meilleures glisseuses.

Puis réaliser la meilleure épreuve que possible.

Quand j'ai commencé ce voyage, je n'avais aucune idée où j'irais dans tout ça. Et franchement, je n'ai toujours pas d'idée définitive à ce propos.

Je n'ai pas une médaille olympique. Et peut-être que je n'en aurai jamais.

Mais en fin de compte, j'aurai fait ce voyage et ce, tout en sachant que, même quand le choix semblait s'imposer, je n'ai pas abandonné. Je reste fidèle à mes croyances et aux objectifs que je me suis fixés.

Je n'ai pas de records mondiaux et mon image ne figure pas sur les boîtes à céréales. Mais depuis 16 ans, je glisse pour notre pays en toute intégrité et fierté.

Et en soi, ça vaut bien la peine.